Les applications légères: une future mode?

Laurent POULAIN


Retour au Sommaire On l'a vu avec le tollé autour du Network Computer: parler de client léger fait fureur. Et pour cause, quand on observe les logiciels qui gonflent sans cesse en taille et en ressources nécessaires. Mais le NC ne propose pas la bonne solution, car le langage Java ne permet aucunement d'arriver à produire des applications plus légères. Le problème ne se situe pas au niveau technique mais au niveau des habitudes des éditeurs de logiciels.

Mais une autre mode - qui pourrait tout à fait arriver - serait des application légères, c'est à dire qui ne consomment pas des ressources système énormes. A l'instar des produits allégés, est-ce que le public réclamera à corps et à cri des logiciels "light"?


Le constat actuel

Actuellement, les logiciels ont tendance à être frappés d'un mal fort moderne: l'obésité. Beaucoup d'éditeurs de logiciels s'acharnent en effet à vouloir sortir le logiciel du futur. Jusque là, rien d'anormal, à un détail près: le logiciel du futur nécessite la machine du futur pour pouvoir tourner correctement. Autrement dit, à la poubelle le PC-qui-n'a-que-deux-ans-qui-a-couté-vachement-cher-et-qui-était-le-top-du-top-à-l'époque. Qui n'a pas déjà connu ca?

Les raisons? Il y en a deux. La première est qu'à force d'ajouter sans cesse plus de fonctionnalités, les produits grossissent à la démesure. Ainsi, les traitements de texte dernier cri proposent une montagne de fonctionnalités, dont 80% ne sont jamais utilisées - contrairement à ce que clamme Microsoft qui affirme que "si nous faisons ces logiciels comme ca c'est parce que ce sont les utilisateurs qui nous le demandent". De la même manière, qu'est-il arrivé au simple browser Web, frappé lui aussi d'embonpoint jusqu'à devenir un simili-système d'exploitation à lui tout seul?

La deuxième raison est que beaucoup d'éditeurs ne se soucient guère d'optimiser leurs produits. La concurrence est rude, il faut donc sortir dés que possible une nouvelle version. Optimiser l'application ferait perdre un temps précieux. De plus, la très grande évolutivité du PC a eu un effet néfaste sur le poids des logiciels. Au début des années 80 les développeurs de jeux en étaient à enlever 8 octets dans la musique pour la mettre dans l'animation, et pour cause: les micro-ordinateurs n'avaient au plus que 64 Ko de mémoire et aucune évolution possible. S'il serait impensable d'optimiser à un tel point les logiciels d'aujourd'hui (on n'optimise pas un programme de 1 Mo aussi bien qu'un de 64 Ko), éviter qu'ils ne gaspillent les méga-octets ne serait pas un luxe.


Comment une telle mode peut-elle arriver?

Il n'y a plus à s'en convaincre: les désirs existent bel et bien. Nombreux sont les utilisateurs, les directeurs informatiques et autres XXX qui aimeraient ne plus avoir à changer d'ordinateurs de plus en plus rapidement. Car tout cela a un coup, et il est fort frustrant de voir sa machine que l'on vient tout juste d'acheter à grand frais passer du status de dernier-cri à celui d'obsolète en l'espace de quelques années, voire de quelques mois. Dans ces conditions, qu'est ce qui peut faire allumer la poudrière?

L'allumette n'est cependant pas facile à trouver, et encore moins facile à allumer. Ce qu'il manque, c'est un coup d'envoi médiatique. Car un groupe d'utilisateurs faisant une pétition sur Internet n'a que peu de chances d'aboutir à quoi que ce soit. Pour lancer une mode, il faut que la presse en parle. Et pour que la presse en parle, il faut qu'il y ait des gens de suffisamment médiatiques pour en parler. Que ce soit une compagnie célèbre, un groupe de directeurs informatique de grand groupes prône cette "nouvelle voie".

Comment est arrivé la mode du NC? Par hasard? Bien sûr que non! Il était tout à fait profitable de se faire de la publicité et de jeter la pierre dans un jardin où Oracle ne met jamais les pieds: le domaine du client.


Quelles en seraient les conséquences?

L'industrie moderne a une particularité: elle contre les modes ennemies en les absorbant. C'est ainsi que l'écologie - initialement - s'est retrouvée du côté des arguments marketing de ces mêmes compagnies. C'est à qui vendra sa lessive la plus douce et la plus . Certes, les résultats n'ont pas toujours été au rendez-vous, et des compagnies ont bien essayé de tricher, par exemple en remplacant dans leur produit le phosphate contre un substitant aussi nocif pour l'environnement mais nettement moins montré du doigt. Mais généralement, elle a permit de faire prendre conscience d'un problème.

Dans le domaine du NC, on retrouve les mêmes symptômes: Microsoft n'a pas. Certes, le géant du logiciel n'a pas résolu tous les problèmes, mais il a au moins pris conscience d'un gros problème: les coûts d'administration.

Si la mode des applications optimisées prenait son plein élan, on peut aisément imaginer les conséquences: les éditeurs de logiciels s'empresseraient de modifier leur message marketing et d'ajouter des "optimisés", "peu de ressources requises", "fonctionne seulement sur un Pentium XXX".

La seule nuance est que si les éditeurs de logiciel peuvent faire volte-face, les fabricants de matériel tels Intel et les constructeurs/assembleurs de PC ne peuvent espérer pouvoir sauter dans le train de la mode des applications optimisées. En effet, le gros de leur chiffre d'affaire se fait sur le renouvellement des machines, renouvellement tiré par les logiciels de plus en plus gourmands.

Evidemment, tout ne sera pas rose d'un coup. Comme toujours, on peut compter sur certains éditeurs pour vouloir gruger à la règle en proposant des pseudo applications optimisées: de fait, l'utilisation simple ne prend . vous voulez lespleines fonctionnalités? Cela prend "juste un peu plus de ressources". De même "ah non, non, cela ne demande qu etrès peu de ressources", et laisser marner l'utilisateur, jusqu'à ce qu'il se décide à upgrader.

C'est en fait un peu le principe du Network Computer: certes, vous ne téléchargez que la petite partie dont vous avez besoin, mais une utilisation un tant soit peu poussée nécessite de charger beaucoup. Laissez les un petit moment? Ils reprendront de plus belle. Mais comme toujours, cela leur permettrait de faire prendre conscience des la nécessité d'optimisation des programmes.

Je sais, tout cela n'est sûrement pas prêt d'arriver. Mais bon, on peut réver. Et puis qui sait...