Un peu de nuances, s'il vous plait

Laurent POULAIN


Retour au Sommaire Le monde de l'informatique a toujours trop tendance à être binaire: tout est blanc ou tout est noir. Un produit est soit génial, soit est une daube infâme. Ca ne vous rappelle rien?

En matière de succès ou d'échec d'entreprises, on retrouve un peu ce genre de comportement, faussant toute analyse de comportement d'entreprise. Passons en revue quelques exemples.


IBM

IBM a été en son temps le leader de l'informatique. Jusqu'à ce qu'il se fasse détrôner vers la fin des années 80. Depuis, beaucoup de monde pense que le géant est fini et n'est plus que l'ombre de lui-même.

Mais en y regardant de plus prêt, on s'aperçoit que le géant n'est pas si mort que ca. En effet, quand on parle de géants de l'informatique, la défaite prend toute autre allure. IBM a ainsi essuyé une cuisante défaite avec la montée en puissance du PC. Cela signifie-t-il que le géant d'Armonk est prêt à mettre la clé sous la porte? Que nenni. Cela signifie tout simplement que Big Blue n'est plus le leader de l'informatique. Mais il en reste néanmoins une des sociétés informatiques les plus grosses qui soient, avec un chiffre d'affaire bien supérieur à celui de Microsoft. Simplement, une défaite pour une compagnie telle qu'IBM signifie ne plus être leader du monde de l'informatique.


Microsoft

Le géant de Redmond ayant un très grand nombre de détracteurs (on se demande franchement pourquoi), les annonces de défaites du numéro un du logiciel vont bon train.

Quand il se penche sur le cas Microsoft, le spectateur est tiraillé les déclarations de presse du géant qui ne sont qu'un infâme morceau de propagande, et ses détracteurs qui sont trop souvent dans l'excès inverse et diabolisation le numéro un du logiciel.

Là encore il faut relativiser, et particulièrement les échecs de Microsoft. Car si la firme de Bill Gates en a bien subi, encore faut-il connaître la définition d'un échec au regard des standards de Microsoft. Pour le géant de Redmond, un échec veut dire ne pas être le leader incontesté avec plus de 50% du marché. En d'autres termes, n'arriver qu'à la seconde place est un échec. Mais jetons un rapide coup d'oeil aux échecs de Microsoft:

  • Internet Explorer: les détracteurs du géant de Redmond s'évertuent d'un tassement du Internet Explorer avec de 20 à 25% du marché des browsers Web. Microsoft est plus optimiste en annonçant une croissance constante et 40% du marché - la vérité doit se trouver quelque part entre ces deux limites. Dans les deux cas, Internet Explorer a quand même réussi à se tailler une part confortable du marché des browsers Web - et ce en un temps record - suffisamment pour effrayer Netscape.
  • Microsoft Network: sur ce point-là, tout le monde est d'accord (peut-être parce que les chiffres sont indéniables), Microsoft a bel et bien perdu son pari qui consistait à devenir le leader. Mais avec ses 2 millions d'abonnés MSN reste quand même le troisième prestataire de service de mondial (2e depuis la fusion Compuserve / AOL), derrière Compuserve et ses 2,7 millions d'abonnés et America Online et ses 5 millions d'abonnés.

Dans les deux cas, voilà deux échecs que beaucoup de personnes aimeraient connaître.


Java

Finalement, Java a lui aussi souffert des deux types d'excès.

Tout d'abord, le marketing de Sun qui a présenté le plus-que-language comme la solution finale qui allait révolutionner l'informatique. Java, véritable Nirvana de l'informatique, allait résoudre tous les problèmes et réduire les coûts.

Retour de bâton du fait de l'excès du premier, un courant négatif au sujet de Java qui souligne les faiblesses et lacunes de ce dernier. Mais si on y regarde de plus près et qu'on compare Java à d'autres langages, on s'aperçoit que ses performances sont plus qu'honorables. Certes, les performances ne sont pas encore au rendez-vous, mais elles ont très bien progressé. Certes, la portabilité n'est pas parfaite, mais elle reste quand même infiniment meilleure que celle du C++. Certes, Java n'a pas révolutionné l'industrie, mais la rapidité à laquelle il s'est répandu est du jamais vu pour un langage.


En conclusion

Si le monde de l'informatique n'est sûrement pas prêt de se débarrasser de ses excès, l'analyse de succès ou d'échecs devrait quand même être faite avec plus de rigueur. En particulier, toujours préciser le référentiel: sur quel critère se base-t-on? Doit-on analyser un succès/échec de Microsoft en fonction des critères du géant de Redmond ou en fonction de ceux de ses concurrents? Dans chacun des cas, il est utile de préciser le critère choisi - voire de choisir les analyses possibles.