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Vous l'attendiez depuis de nombreux mois
déjà, dévorant tous les articles de
journaux susceptibles de vous en apprendre un peu plus
sur le sujet. Toute la presse l'annonçait comme
une véritable révolution. Et enfin le
produit miracle est arrivé et vous vous êtes
jeté dessus - pour découvrir qu'il n'est
pas si révolutionnaire que ca. En fait, il est
tout à fait banal et comporte de nombreux
problèmes dont personne n'avait jamais
parlé!
Vous vous sentez déçu et amer d'avoir
attendu tout ce temps pour si peu? Vous ne devriez pas,
car vous venez d'apprendre votre première
leçon pour comprendre le fonctionnement du monde
de l'informatique - peut-être la plus importante
(voir également L'informatique?
Un monde fou! fou! fou!).
Si vous étudiez attentivement les
premières pages de nombreux journaux
"spécialisés", vous vous
apercevrez que le mot "révolutionnaire"
revient très souvent. Eh oui, même dans ce
milieu ce genre de pratique racoleuse existe. Et si la
presse informatique pour professionnels reste dans
l'ensemble sérieuse (à quelques
écarts prêts), la presse informatique grand
public tient dans sa grande majorité plus de Bravo
Girl que du Time Magazine.
Depuis le début des années 80 (date
à laquelle j'ai commencé à
m'intéresser à l'informatique), j'ai
maintes et maintes fois entendu parler de
révolutions. Si certaines d'entre elles en furent
véritablement, la plupart ne furent que de simples
évolution, voire des pétards
mouillés. Passons en revue quelques exemples.
Les pétards mouillés
L'histoire de l'informatique regorge de pétards
mouillés. Annoncés comme étant
l'avenir, ils se sont avéré être
à 99% du vaporware introduits plus dans un but
marketing que par l'effet d'un réel changement:
- L'ordinateur familial: la
micro-informatique fut initialement conçue
pour un public de passionnés. Afin
d'arriver à élargir un public alors
restreint, les constructeurs de micro-ordinateurs
introduisirent le concept de l'ordinateur
familial, machine prévue pour toute la
famille. Avec l'ordinateur familial, monsieur
ferait son travail, madame stockerait ses
recettes de cuisine et les enfants joueraient et
s'instruiraient. En fait, le micro-ordinateur a
élu domicile dans la chambre du fiston et
n'a principalement été
utilisé que pour la programmation amateur
et les jeux.
- L'ordinateur, outil pédagogique
ultime: après que le
ministère de l'éducation nationale
eu instauré le plan Informatique Pour Tous
(plus par soucis d'aider Thomson que dans un but
pédagogique), une nouvelle vague
déferla sur le monde de l'informatique:
l'ordinateur, outil pédagogique ultime.
Avec un micro-ordinateur entre les mains, un
élève moyen voire médiocre
allait devenir le premier de sa classe.
Malheureusement, il ne suffit pas d'un ordinateur
pour devenir intelligent, et de plus les
logiciels réellement pédagogiques
furent très rares.
- Le transputer: vers la fin des
années 80, une folie (toute
passagère) s'empara du monde de
l'informatique avec les transputers, ordinateurs
sensés offrir des gains de performances
faramineux en utilisant plusieurs centaines de
processeurs en parallèle. Mais n'utilise
pas les architectures massivement
parallèles qui veut.
- Le multimédia: s'il y a
bien un terme attrape-nigaud, c'est bien le mot
Multimédia. Tout le monde en parle, mais
personne ne sait exactement ce que cela veut
dire. Si pour certains cela veut dire de l'image
et du son (quelle nouveauté!) pour
d'autres cela veut simplement dire CD-ROM (comme
chacun sait, avant le CD-ROM l'informatique en
était à l'âge de pierre). En
fait, le Multimédia est devenu un mot
fourre-tout derrière lequel on met tous
les mots et concepts à la mode.
- Le network computer:
annoncé comme la solution aux
inconvénients du PC (et oubliant de dire
qu'il n'en n'a pas les avantages), le Network
Computer a déclenché des passions.
Seulement voilà: plus on trouve
d'améliorations au NC (disque dur,
processeur plus puissant, ...), plus il ressemble
au PC! Comme pour chaque pétard
mouillé, on trouve son lot d'adeptes (et
des professionnels de surcroît!).
- Le PC-TV: vogue tout à
fait récente lancée par Toshiba
(voir à ce sujet petit cours de
marketing signé Toshiba), elle a
poussé les constructeurs de PC de se
lancer dans une pseudo-intégration entre
le PC, la télévision et la radio.
Mais le résultat ressemble plus à
un amoncellement de gadgets qu'à une
intégration sérieuse et utilisable.
En fait, on s'aperçoit que beaucoup de ces
pétards mouillés sont en fait des
véritables évolutions qui ont
été annoncées bien trop tôt,
les professionnels de l'informatique ayant promis pour
aujourd'hui la technologie de demain. Mais il
n'empêche que les concepts à la base ne sont
pas - tous - idiots. L'ordinateur familial n'a jamais
été aussi proche qu'aujourd'hui. Quant au
PC-TV, il est fort probable qu'il existe dans quelques
années.
Les évolutions
Le mode de l'informatique évoluant très
vite, les nouveautés affluent sans cesse et
beaucoup de gens ont la fâcheuse tendance à
confondre révolution et évolution:
- le CD-ROM: ce
périphérique a connu un
succès aussi considérable que son
grand frère le CD audio, et ce pour les
mêmes raisons. Le grand public y a vu un
nouveau gadget synonyme de technologie et les
professionnels y ont vu un moyen de freiner le
piratage. Présenté par beaucoup
comme "indiscutablement
multimédia" (voir Le guide du cyber-plouc),
le CD-ROM n'est pourtant aucunement
révolutionnaire et pas plus
multimédia qu'un disque dur. Il a
même contribué à une
dégradation de la jouabilité de
nombreux jeux (en particulier ceux qui se
présentent comme des "films
interactifs").
- Windows 95: annoncé par
certains "journalistes" comme
"l'événement majeur des 5
prochaines années" (j'en rigole
encore!), ce système d'exploitation
à été loin de valoir
l'engouement médiatique
généré.
- Le MMX: présenté
comme la nouveauté qui révolutionne
le PC en apportant le son et l'image (comme si on
avait attendu le MMX!), ce produit n'est qu'un
immense coup de publicité (lire à
ce sujet le dossier La publicité:
reflet d'une culture) car bien moins puissant
qu'une bonne carte graphique 3D couplé
avec une bonne carte sonore.
Ici, beaucoup de ces fausses révolutions sont
en fait des produits, là encore maquillés
en révolutions par le marketing. Que voulez-vous?
Il est bien plus facile de faire la promotion [et bien
plus flatteur de parler] d'une révolution que
d'une banale évolution, bien trop courante en
informatique.
Les véritables révolutions
Mais le monde de l'informatique comporte quand
même quelques véritables révolutions.
Cependant, depuis le début des années 80 je
n'en compte que trois:
- L'interface graphique: en
cassure nette avec le traditionnel mode texte,
l'interface graphique a complètement
bouleversé la manière d'utiliser
l'ordinateur. Même le monde Unix s'y est
mis, bien qu'il ait été peu enclin
à supporter une interface gourmande en
ressources système.
- Le PC a été une
révolution discrète car elle s'est
étalée sur de nombreuses
années. Il reste cependant une
révolution dans le sens littéral du
terme dans la mesure où il y a eu une
révolte (1) et un roi
déchu (2).
L'avènement du PC a permit deux
phénomènes jusqu'alors
inédits dans le monde de l'informatique:
- une segmentation horizontale du
marché: rompant avec la
traditionnelle intégration
verticale, le PC a permit à de
nombreuses petites sociétés
hyper-spécialisées de se
développer et de prospérer,
- l'évolution du secteur
leader (voir à ce sujet évolution
du secteur leader): alors que tout le
monde pensait que les maîtres de
l'informatique étaient seraient
toujours les constructeurs d'ordinateur,
le PC a prouvé que ce secteur
pouvait évoluer en mettant portant
les éditeurs de logiciel sur le
trône.
- Internet: le réseau des
réseaux est une révolution dans le
sens où il a permit la création
d'un monde informatique à part
entière (3) non seulement
indépendant de toute compagnie
informatique mais qui a forcé celles-ci
à le suivre.
Il faut cependant noter que les véritables
révolutions ont souvent sommeillé pendant
de nombreuses années avant d'être effectives
et sont parfois devenues révolution par surprise.
Ainsi, bien que les interfaces graphiques ont connu un
engouement médiatique dés 1984 avec le
Macintosh, il a fallu de nombreuses années pour
qu'elles se généralisent. Si tout le monde
parle d'Internet depuis un an, il ne faut pas
oublier que le réseau des réseaux existe
depuis le début des années 70, même
s'il était alors cantonné à une
poignée de privilégiés. Et si
dés le début on pouvait facilement
prédire que les interfaces graphiques seraient
l'avenir, personne n'aurait jamais imaginé l'essor
que prendrait Internet ou le PC.
Conclusion
La question que l'on peut se poser après avoir
passé en revue ces différents types de
"révolutions" est: pourquoi tant de
fausses révolutions? Tout simplement parce qu'il
est toujours payant de faire dans le sensationnalisme,
que ce soit de la part des équipes marketing ou
des journalistes.
N'en veuillez pas aux "journalistes" qui
vous ont fait croire à la panacée du
siècle, pour la plupart ce n'est même pas de
leur faute. N'en veuillez pas non plus aux gens du
marketing, après tout c'est leur métier. On
peut simplement regretter que trop de particuliers se
laissent charmer - et avoir - par les sirènes des
révolutions successives. Quant aux rares
directeurs informatiques qui ont cru mot pour mot aux
messages marketing et qui ont foncé tête
baissée dans le panneau, on ne peut franchement
rien pour eux.
(1) le refus des constructeurs de compatibles PC
de suivre IBM sur la voie du PS/2.
(2) IBM qui a perdu sa place de leader de
l'informatique.
(3) un ensemble de normes (FTP, SMTP, HTML, ...),
une communauté et une culture.
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